Fichage, enquêtes administratives, gel des avoirs, entraves professionnelles : Disclose lance un appel à témoignages. Al-Kanz relaie plus particulièrement cet appel auprès des musulmans confrontés au gel administratif de leurs avoirs, une mesure lourde dont les conséquences concrètes restent encore peu documentées.
C’est cette mère de famille, au casier judiciaire vierge, suivie par des dizaines de milliers d’internautes. C’est cet auteur et éditeur, spécialisé dans l’histoire arabo-musulmane. C’est encore cet enseignant d’histoire-géographie pourtant atteint d’une grave maladie. Tous ont un point commun : musulmans, ils ont vu leurs avoirs gelés par décision administrative. Une mesure qu’ils estiment arbitraire.
Des comptes bloqués, une vie quotidienne entravée
Sans même avoir été condamnés par la justice, ils sont frappés de plein fouet par une décision administrative particulièrement lourde : le gel des avoirs. Ce dispositif bloque l’accès aux fonds, aux comptes bancaires et aux ressources économiques, au point de bouleverser les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne. Payer son loyer, régler une facture, percevoir des revenus ou subvenir aux besoins de sa famille peut alors se retrouver soumis à l’autorisation préalable des autorités compétentes.
Qu’est-ce que le gel des avoirs ?
Le gel des avoirs est un dispositif dont s’est doté l’Etat français « permettant de geler les fonds et ressources économiques qui appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales, ou toute autre entité qui commettent, tentent de commettre, facilitent ou financent des actes de terrorisme, y incitent ou y participent ».
L’argent, les comptes bancaires, les biens ou les ressources des individus ou entités visés sont bloqués pendant la durée de la mesure. Ils ne peuvent plus être utilisés librement, transférés ou vendus. Les personnes ciblées ne peuvent pas non plus recevoir de nouveaux fonds sans autorisation préalable de l’Etat.
Dans la vie quotidienne, le paiement des dépenses essentielles (alimentation, loyer, électricité, assurance, frais médicaux, etc.) est rigoureusement encadré. Il nécessite, selon les cas, une autorisation de l’administration, qui peut permettre le déblocage des sommes strictement nécessaires.
Prononcée pour six mois, la mesure peut être renouvelée plusieurs fois, maintenant les personnes ou entités visées sous contrôle financier prolongé.
Dans un entretien accordé à la chaîne YouTube de la librairie Al-Bayyinah, Alex Grandeau-Tzitronn raconte la violence de ce basculement. En mai 2024, en arrêt maladie pour un cancer du cerveau, qui l’emportera début juin 2026, ce professeur agrégé découvre que son compte bancaire affiche zéro euro. Le lendemain, il reçoit, « entre deux vomis », raconte-t-il, une lettre de l’administration lui annonçant le gel de ses avoirs. Motifs invoqués : « apologie du terrorisme » et « incitation au terrorisme ». La mesure durera six mois, avant d’être levée sans commentaire.
Une zone grise que Disclose veut documenter
Ces dernières années, plusieurs témoignages ont mis en lumière une réalité encore trop peu documentée : au nom de la lutte contre le terrorisme ou de la sécurité nationale, des individus peuvent voir leur quotidien lourdement entravé, sans condamnation judiciaire, au point d’être pris dans une forme d’asphyxie sociale.
Des publications anciennes sur les réseaux sociaux, des prises de position politiques ou des engagements en faveur de la Palestine peuvent, selon plusieurs témoignages, être mobilisés dans des procédures administratives aux conséquences dévastatrices, sans condamnation judiciaire préalable. C’est précisément cette zone grise que Disclose veut documenter.
Nombre de dispositifs sécuritaires ont renforcé les pouvoirs de surveillance et de contrainte de l’Etat. Ces outils affectent désormais des profils très différents : militants politiques, activistes du climat, acteurs engagées contre le racisme, mais aussi musulmans réels ou supposés.
Disclose attend votre témoignage
Vous faites l’objet d’un fichage, vous avez été convoqué par la police, interrogé sur vos opinions ou vos pratiques religieuses, perquisitionné, assigné à résidence, empêché de travailler, surveillé ou confronté au gel de vos comptes bancaires ? Disclose appelle les personnes concernées à témoigner « parce qu’il y a urgence à rendre visibles les dérives de la surveillance policière et les menaces qu’elle fait peser sur nos libertés. »
Les témoignages recueillis doivent nourrir une enquête écrite et vidéo consacrée aux effets concrets de cette surveillance administrative : libertés publiques fragilisées, vies suspendues, familles déstabilisées, réputations abîmées.
Pour apporter votre témoignage, rendez-vous sur le site de Disclose : Vous êtes fiché ou surveillé par la police : Disclose lance un appel à témoignages.





