Finance islamique. Depuis quelques mois, il n’est pas un jour sans qu’un article dans la presse ne soit consacré à la finance islamique. De même les forums de discussion sur Internet, tout comme les blogs, regorgent de commentaires en tout genre sur la question. Avec une constante : beaucoup de bruit, de préjugés, voire de désinformation, et surtout d’idées reçues. C’est pourquoi nous avons sollicité l’Acerfi et l’Aidimm pour une série d’articles dont l’objectif est de battre en brèche ces idées reçues et de permettre à chacun de comprendre les tenants et les aboutissants de la finance islamique. Pour ce premier article, Mouhammad Patel, membre de l’Acerfi, et Boubkeur, membre de l’Aidimm, ont décidé de tordre le cou à l’idée selon laquelle une banque islamique doit concéder gratuitement des prêts à ses clients.

Destinés au grand public, les articles à venir ne pourront toutefois pas toujours faire abstraction de termes techniques. Cela étant, il n’est pas nécessaire de comprendre précisément ce que ces termes recouvrent pour comprendre. Ceux qui veulent en savoir plus peuvent consulter le glossaire en ligne proposé par l’Aidimm : glossaire finance islamique.

Idée reçue n°1 : la banque islamique doit prêter à taux zéro.

Faux. Une banque islamique n’est pas un organisme à but non lucratif ni une organisation caritative : c’est avant tout une société commerciale qui exerce une activité lucrative qui a pour fonction de proposer à ses clients toute une série de services ou de produits financiers permettant de répondre à leurs besoins de financement et/ou d’investissement en faisant appel à des transactions qui sont autorisées dans le droit musulman.

Un établissement de finance islamique n’est donc pas un simple intermédiaire financier. Il assume réellement et pleinement, avec les avantages mais surtout les risques que cela implique le rôle de :

- commerçant dans les opérations de mourabaha ou de salam
- bailleur, dans les opérations de ijara ou de moucharaka moutanaqissa
- d’entrepreneur ou de constructeur dans les opérations de moudharaba ou de istisnâ’
- de prestataire de services à titre onéreux, par le biais des contrats de djou’aalah, de wakaalah
- d’investisseur par le biais des opérations de wakaalah, moudharaba, moucharaka
- d’emprunteur par le biais des contrats de qardh, entre autres…

La vocation d’une banque islamique n’est ainsi pas d’octroyer à ses clients de prêts à taux 0 % : elle peut néanmoins le faire dans certains cas et pour des montants très limités, sous forme de qardh hassan, mais cela n’entre pas dans le cadre de son activité de base. Comme toute entreprise commerciale, elle conduit ses opérations de sorte à pouvoir couvrir ses charges et dégager un bénéfice. Elle a un bilan comptable à tenir. Elle est par ailleurs soumise à des impératifs règlementaires spécifiques et très stricts, comme la nécessité de respecter des ratios de solvabilité par exemple.

Ses capitaux viennent avant tout de ses fonds propres. Ensuite c’est en grande partie grâce à l’argent de ses clients, sur des comptes de dépôts bloqués ou non, qu’elle peut proposer ses services et produits de placement halal ou de financement halal. Ses sources de revenus vont venir des placements qu’elle va à son tour faire sur les marchés financiers (par exemple sur les marchés de matières premières ou immobilier en faisant des opérations achat-revente qui vont lui donner des profits). La banque va agir en quelque sorte en tant qu’agent pour ses clients en faisant « fructifier » l’argent déposé sans pour autant garantir un revenu fixe à l’avance. Cependant, les spécialistes ont développé un certain nombre de mécanismes halal permettant de couvrir les pertes à la fois de la banque et de ses clients.

Dans un contexte occidental, une banque islamique ne peut en aucun cas emprunter de l’argent auprès des autres banques sur le marché interbancaire à cause du taux d’intérêt. Ce qui rend l’exercice encore plus délicat. En cas de problème de liquidité, elle ne peut pas non plus emprunter à la banque centrale toujours à cause du taux d’intérêt.

Voila donc un ensemble d’éléments qui nous permettent de comprendre qu’une banque islamique n’est pas un établissement social qui peut prêter de l’argent à tous les musulmans à taux zéro. Elle est avant tout une société privée, non étatique, qui fait des opérations de commerce respectueuses du droit musulman.

Crédit photo Une : Flickr – Ammar Abd Rabbo