La une des médias et les morts, de Mogadiscio à Manhattan

Par Al-Kanz

Alors que le monde est devenu avec Internet un immense village global, le journalisme traite les morts différemment.

julien salingue
Julien Salingue

Enseignant-chercheur et critique des médias, notamment sur le site – à suivre – ACRIMED, Julien Salingue s’est fendu lundi 6 novembre sur son compte Facebook de quelques lignes sur le traitement médiatique des tueries, terroristes ou non, selon qui tuent et qui est tué. En voici la teneur.

Quand un « terroriste islamiste » tue 8 personnes à Manhattan, ça fait la « Une » plusieurs jours et les messages de soutien et de compassion sont innombrables.

Quand des « terroristes islamistes » tuent 358 personnes à Mogadiscio, ça ne fait pas la « Une » et les messages de compassion sont beaucoup plus rares.

Quand un type qui n’est pas un « terroriste islamiste » tue 26 personnes au Texas, ça fait un peu la « Une », mais ça retombe vite, et les messages de compassion sont rares.

Ces indignations sélectives sont doublement racistes, ou racistes². Car elles sont non seulement fonction de l’identité « occidentale » (ou pas) des victimes, mais aussi de l’identité « occidentale » (ou pas) des assassins.
En définitive, les indignés à géométrie variable s’en foutent des victimes. Ils se comportent comme des charognards face à un buffet de cadavres à volonté, choisissant ceux qui leur conviennent le mieux.

Car ce qui compte pour eux, c’est de (se) prouver qu’ils sont « civilisés » en dénonçant les « barbares », fermant les yeux lorsque ce sont des « civilisés » qui tuent, ou lorsque ce sont des « barbares » qui sont tués.

Longtemps – et aujourd’hui encore du reste –, on enseigna dans les écoles de journalisme la fameuse loi du mort-kilomètre, qui veut que l’attention portée à un drame, catastrophe naturelle ou attentat, s’amenuise avec la distance.

A ceci près que la distance n’est pas le seul critère : des inondations ou une tuerie aux Etats-Unis feront naturellement la une, tandis que les mêmes évènements au Maroc ou en Algérie, pays autrement plus proches de nous, bénéficieront de bien moins d’attention.

Cette loi du mort-kilomètre n’est pas seulement cynique, elle est de fait au mieux ethnocentriste, au pire raciste. En France, les médias veulent que l’on doive se sentir plus proche d’un Blanc chrétien américain ou même australien qui meurt que d’un basané ou Noir musulman tunisien ou soudanais.

Ajoutons que cette loi ne devrait plus être. Avec l’avénement et le taux de pénétration d’Internet, le monde n’est plus qu’un vaste village. L’actualité va vite et surtout loin. Le Web a bouleversé à tout jamais notre rapport au monde, si bien qu’il n’est plus acceptable que l’immense majorité de nos médias continuent à observer cette loi du mort-kilomètre, qui, définitivement, appartient à l’ancien monde.



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Vos réactions (1 commentaires)

  1. Poupougne    

    Nous avons un logiciel identitaire. On se fiche éperdument des morts qu’ils soient blancs, noirs, musulmans, juifs….. On veut faire valider la théorie du choc des civilisations. L’occident judéo-chrétien victime du reste du monde. C’est politique, les victimes sont utiles pour servir la propagande mais les dirigeants se fichent éperdument d’elles. Nous on fait des guerres humanitaires, les bombes occidentales ne tuent pas.

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