Kronenbourg
Canette de bière Kronenbourg dans l’espace halal du Salon des MDD

Nous étions hier et avant-hier au Salon du halal (plus précisément au Salon des marques de distributeurs, dit « MDD »). Comme chaque année, il y avait à boire et à manger, dans tous les sens du terme. Comme chaque année, c’était le bal des hypocrites, avec une petite nouveauté : la présence d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs musulmans qui entend bien ne plus laisser le halal pollué par des entrepreneurs aux visées uniquement et bassement mercantiles, bassement non pas en ce qu’ils cherchent à faire de l’argent – ce qui non seulement n’est pas répréhensible, mais même parfaitement normal -, mais en ce qu’ils se fichent du halal comme de l’an mil. Or, il ne sera jamais acceptable que le halal soit traité comme il l’est aujourd’hui. Ca n’est pas acceptable, car le halal relève de la sacralité. On est là bien au-delà des normes d’hygiène, de règlementations techniques et administratives. Non, le halal n’est pas une marchandise.

Un gros poisson, vieux de la vieille et non musulman, dans le halal depuis trente ans, confiait hier, sans détours, lors d’une discussion informelle, que le marché du halal est un panier de crabes. Tout le monde le sait, beaucoup en profite d’une manière ou d’une autre : les uns affichant ouvertement leur appétit inextinguible, les autres se cachant derrière leur petit doigt arguant que le halal est en lui-même complexe. Oui, pour définir ce qui est halal de ce qui ne l’est pas on ne peut faire l’économie des divergences en la matière et des avis juridiques parfois contradictoires. Cela étant, l’apparente complexité n’en est pas une. Mais, il est plus simple et surtout plus rentable de s’accorder sur l’idée d’un halal difficile à définir, sur l’imposture d’une « nébuleuse de définitions ».

Hier, donc, au détour d’un stand on pouvait voir, là posée près des rayons où s’exposaient différents produits du carré halal du Salon une canette de Kronenbourg. Tout un symbole. Certes, cette canette de bière n’était pas officiellement là. On ne voudrait conclure à la hâte : un exposant ou un visiteur a dû la laisser là, après un passage dans l’espace halal. Quoiqu’il en soit, c’est tout un symbole. L’incarnation même de cette hypocrisie suitante d’un marché vérolé par le faux-halal.

[Edit samedi 28 mars : Nasrédine de Tendances Halal fait un bilan du Salon : Produits halal en France : premier bilan du salon de l'alimentation halal à Paris France-TENDANCES HALAL]

Crédit photo Une