Taxe halal, inacceptable – car inapplicable – pour les industriels

Par Al-Kanz

Fausse bonne idée de trente ans, la taxe halal a refait surface dans le débat politique français.

viande halal
© Mariem Guerch

Taxe halal, voici une fausse bonne idée de trente ans qui a refait surface cette année à la faveur des primaires de la droite et du centre. Il fallait des idées sur l’islam et les musulmans, Nathalie Kosciusko-Morizet a choisi de déterrer cette vieille proposition, mesure présumée phare visant à financer les mosquées sans recourir à l’étranger. En théorie seulement, car en pratique cette taxe halal apparaît rapidement inapplicable.

Nous avons interrogé un industriel, en l’occurrence Karim Acherchour, directeur général d’Isla Mondial, sur sa pertinence. Interview.

Al-Kanz : Que pense l’industriel que vous êtes de cette taxe halal que d’aucuns voient comme la solution au financement du culte musulman ?
Karim Acherchour :
Certains hommes politiques en panne de projets appuyés par des médias irresponsables tendent à radicaliser le débat autour de l’islam et les musulmans : on veut régler, intégrer, assimiler, réduire l’islam et sa pratique en prônant des solutions d’inutilités publiques et disqualifiantes pour la France en général et les musulmans en particulier. La proposition aberrante de la taxe halal qui tendrait et participerait à financer le culte musulman afin de lui donner ou redonner un cachet républicain est une non-solution face à de vraies questions.

Al-Kanz : Pourquoi considérez-vous que la taxe halal est en pratique inapplicable ?
Karim Acherchour :
Cette taxe halal révèle une incompétence sans commune mesure et un affront à toute logique, ce à tous les niveaux. J’ai d’abord quelques questions simples :
– Un état laïque peut–il s’ingérer dans le financement des cultes ?
– Peut-on forcer et contraindre un industriel à financer le culte musulman, et donc à financer les mosquées ?
– Peut-on contraindre des industriels opérant dans le halal et qui ne sont pas de confession musulmane à participer à cette taxe ?

A ces questions s’ajoutent d’autres interrogations. Le halal veut littéralement dire en français et dans le texte « licite ». Cela signifie qu’en pratique le halal ne se limite pas à la viande halal, mais à tout ce qui n’est pas interdit à la consommation. Faudra-t-il alors soumettre à la taxe halal les industriels distribuant et commercialisant l’eau, les jus de fruit, le sucre, les fruits et légumes, les pâtes, le poisson, la semoule, etc. ? Si non, pourquoi seule une catégorie d’industriels serait soumise à cette taxe et pas les autres ? Et comment devra-t-on déterminer cette catégorie ?

Al-Kanz : Admettons qu’une taxe halal voit le jour et qu’elle soit imposée aux professionnels de la viande halal. Comment ces derniers, selon vous, feront pour s’y soustraire ?
Karim Acherchour :
Cette taxe n’a pas lieu d’exister car infondée d’un point de vue législatif, démocratique, juridique, et économique. On ne demande pas aux industriels du bio de financer la recherche contre le cancer du côlon ou le diabète ou aux industriels automobiles de financer le permis de conduire des futurs automobilistes. Nous ne pouvons accepter cette taxe qui a une portée politique plus que solidaire.
Il est entendu que, si celle-ci devait passer aux forceps, cela aurait des conséquences et un impact sur l’économie de ce marché en France. L’adoption d’une telle taxe amènerait peut-être des délocalisations en Europe afin de rester compétitif dans un secteur d’activité où notamment les filières bovines et avicoles qui alimentent l’industrie du halal sont déjà fortement mises à mal.



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Vos réactions (1 commentaires)

  1. Abdenour    

    Inacceptable car ça diminuerait leurs marges, c’est surtout ça qui les inquiète. Personnellement les arguments avancés par cet industriel ne me convainquent guère.
    Ce que j’aurais souhaité voir c’est un vrai débat au sein de la communauté pour comprendre les répercussions d’une telle proposition sur les musulmans en France. Mais hélas et une fois n’est pas coutume nos différents responsables sont aux abonnés absents.

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