Abattage rituel. Quatrième partie du verbatim de la réunion autour de la question de l’abattage rituel, lors du Grenelle de l’animal. Ce document révèle que le halal est un immense chantier où tout est à faire. N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires.

* Première partie : Abattage rituel : verbatim du Grenelle de l’animal (1)
* Deuxième partie : “Imposer l’étourdissement préalable serait une véritable catastrophe”
* Troisième partie : Distinguer l’abattage rituel quotidien de celui de l’aïd al-kebir est nécessaire

M. Eugène SCHAEFFER rappelle que la France est le plus grand exportateur de viande avicole de l’Union Européenne vers les pays d’Afrique du Nord, de l’Arabie Saoudite, les Emirats. Le groupe Doux doit respecter les règles de l’abattage demandé par ces pays.

M. AL SID CHEIKH, Grande Mosquée de Paris, infirme au sujet du Groupe Doux qui ne possède pas de sacrificateurs dans ses abattoirs. Des services vétérinaires autorisent avec un document d’une association la pratique de l’abattage rituel.

M. Eugène SCHAEFFER trouve cet argument étonnant, car ces pays autorisent l’importation des volailles.

M. le Recteur KABTANE confirme pour les musulmans que la consommation de viande abattue par les gens du Livre est admise. Cependant, les Saoudiens ne savaient pas qu’il s’agissait d’un abattage mécanique. Ils prennent conscience de la nécessité de revoir leur position sur la question. Ils mettront en place un système de contrôle et de certification des viandes à destination de leur pays.

M. Nicolas DOUZAIN remarque que dans le document de M. BRUGERE la tige percutante lèse une partie de l’encéphale dans des zones qui ne sont pas vitales. La réglementation impose de toucher le cortex cérébral. Il existe du matériel d’électronarcose réversible. La question posée n’est pas générale mais rapportée à chaque animal. Par conséquent, cela nécessite un appareil permettant une électronarcose à courant constant ou adaptable à chaque format d’animal. Un seul abattoir est équipé de ce type de matériel. Cela nécessiterait de changer tout le matériel de tous les abattoirs français avec des conséquences économiques phénoménales.

M. Henri BRUGERE répond que l’assommage ne détruit pas des zones impliquées dans la douleur et d’autres phénomènes, c’est un étourdissement et non une mise à mort. Les systèmes électriques peuvent présenter des différences interindividuelles. L’importance des coûts est certes à prendre en compte, mais c’est toutefois quelque chose de nature à éclairer la réflexion et tracer des perspectives afin d’arriver à un étourdissement standard efficace acceptable.

M. Christophe MARIE revient sur différentes fatwas égyptiennes rendues sur la possibilité d’un recours à l’étourdissement, s’il s’agit d’une méthode réversible pour l’animal. Des rapports montrent que bien dosé le choc électrique est réversible. La Nouvelle-Zélande ou l’Australie, pays producteurs d’ovins, qui exportent vers les pays du Moyen-orient pratiquent l’étourdissement préalable. Cette viande est reconnue comme Hâlal. Au niveau réglementaire, l’exception faite sur l’étourdissement préalable doit être justifiée par un besoin impératif de répondre à ce principe. Or, si le choc électrique est réversible, les textes ne s’opposent pas à cette pratique, et si d’un point de vue technique, il peut être répondu à ces préoccupations, comment peut-on s’y opposer ? Le problème de l’Aïd el-Kébir consiste à disposer d’abattoirs répondant au nombre important d’ovins à abattre. Des améliorations ont été apportées sur l’organisation de l’Aïd el-Kébir, les différentes DDSV, les représentants des cultes y ont beaucoup contribué, néanmoins l’abattage familial pose problème. Il ne comprend pas ce refus systématique de l’électronarcose.

M. Jean-Pierre KIEFFER note l’accord des trois mosquées sur l’électronarcose ou l’étourdissement par choc électrique des volailles. De nombreux abattoirs produisant des volailles Hâlal l’utilisent. Le cahier des charges de la mosquée d’Evry ne spécifie pas de rejet d’étourdissement, idem pour la mosquée de Paris, lorsqu’il y a cette réversibilité. Le rapport de l’académie vétérinaire précise cette réversibilité, des expériences l’ont montrée. Il s’interroge sur l’étourdissement post jugulation. Cette utilisation présente deux avantages : mettre rapidement fin pour les bovins à une agonie qui peut durer jusqu’à 5 min ; faciliter le travail des manipulateurs (plus de mouvements agoniques violents et suspension rapide de l’animal). La formation des vétérinaires vacataires est importante (ignorance du poste d’étourdissement dans un abattoir).

M. Jérôme BIGNON dégage des propos tenus différents sujets à aborder : la normalisation du rituel Hâlal, le problème de l’abattage de l’Aïd el-Kébir et l’abattage quotidien (contention, formation des vétérinaires vacataires et des sacrificateurs, application des règles administratives, information des consommateurs).

M. Bertrand GAUME, chef du bureau central des cultes, DMAI, ministère de l’Intérieur, spécifie que le ministère de l’Intérieur est le ministre des Cultes et le garant sur le territoire national par le biais des préfets, l’ensemble de services de l’Etat du respect des réglementations. Il note lui aussi une amélioration du déroulement de l’Aïd el-Kébir. Les circulaires conjointes du ministère de l’Agriculture et du ministère de l’Intérieur sont de plus en plus strictes, respectées et encadrées. Les conseils régionaux des cultes musulmans aux côtés des associations qui existent depuis de longues années doivent être associés. Des initiatives ont eu lieu pour que les musulmans de France puissent vivre leur Aïd el-Kébir en achetant de la viande abattue Hâlal dans des supermarchés ou chez des grossistes. Ce sont aussi des choses qui peuvent permettre de faire diminuer la pression. L’encadrement n’est pas seulement communautaire car la Cour européenne des droits de l’homme s’est également prononcée sur le sujet et a reconnu dans un arrêt en 2000 que la dérogation posée par le code rural qui reprenait elle-même la réglementation communautaire est un engagement positif de l’Etat visant à assurer le respect effectif de la liberté d’exercice du culte. Toute modification éventuelle devrait être regardée eu égard à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme dans un équilibre pondéré, par rapport à l’ensemble des cultes. Dans la recherche de maintien d’un certain équilibre entre les différents impératifs, il ne faut pas créer une comparaison entre les cultes. La présence de deux cultes autour de la table est très intéressante, elle permet de bien mesurer le fait que les prescriptions religieuses des uns et des autres ne sont pas les mêmes, mais peuvent être divergentes et il faut toujours veiller à l’équilibre d’exercice entre les cultes. Les arguments développés par les professionnels doivent être entendus, notamment par rapport à la filière. Concernant la normalisation, un projet pour le Hâlal est en cours de réflexion. Pour le Casher, il existe déjà des choses. Il serait très opportun pour l’abattage courant de poursuivre la réflexion qui s’ouvre avec ce groupe de travail : toute la problématique du triptyque d’application du droit en renforçant son effectivité, la formation des abattoirs et des sacrificateurs. Le ministère de l’Intérieur perçoit de manière très positive l’engagement des cultes dans la démarche de formation à la fois pour les sacrificateurs israélites et pour les sacrificateurs musulmans, la nécessité de renforcer les contrôles pour vérifier l’application de l’ensemble de ces règles. Il faut tout mettre en œuvre pour que les pratiques, du libre choix des personnes, puissent être mises en œuvre, c’est-à-dire soit la zakat (aumône) à la place de l’abattage ou la pratique de l’achat de bêtes entières ou de morceaux déjà abattues Hâlal. Les musulmans de France sont très attachés à l’acte symbolique de l’Aïd.

M. Jérôme BIGNON demande ce qu’il en est de la normalisation.

M. l’Aumônier chef Arbi estime que chaque acteur doit rester dans son domaine de compétence. La fatwa est un avis juridique, pris à un moment donné pour répondre à une situation donnée. La définition de la norme revient strictement au religieux, la formation professionnelle des sacrificateurs revient au religieux et aux professionnels. La norme serait le substrat sur lequel concevoir un véritable segment de marché et certifier le Hâlal. Le Hâlal représente une proportion de plus en plus importante, qui peut amener certaines unités de production à vouloir faire une production spécifique peut être coûteuse. Les trois mosquées doivent rester le pivot central du religieux, étendre leurs prérogatives dans la délivrance de classification. La norme n’est qu’un projet, l’AFNOR n’est pas saisie officiellement pour pouvoir répondre à cette attente. Si l’on souhaite réduire les inconvénients inhérents à l’Aïd el-Kébir, il faut remettre en exergue une notion essentielle : la confiance du consommateur musulman. Des fatwas émises par les religieux pourraient autoriser de transposer cet acte par un autre sacrifice. Aujourd’hui, si l’on prive les consommateurs musulmans au quotidien, et a fortiori le jour de cette fête, on ira vers un blocage.

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