Début novembre, nous vous proposions, au détour d’un article, de répondre à une question « Où achèterez-vous votre mouton pour l’Aïd al-Adha ?« . Vous avez été 403 à répondre.

Aïd el-Kebir 2008 : où achetez-vous votre mouton

67 % des personnes interrogées affirment acheter directement leur mouton chez le fermier.
19 % l’achètent chez leur boucher.
7 % l’achètent par Internet.
4 % l’achètent en passant par leur mosquée.
3 % l’achètent en grande surface.

Les résultats sont évidemment à relativiser. Il s’agissait d’une simple question posée au premier lecteur venu. Cela étant, ils semblent correspondre à une réalité qui se vérifie sur le terrain, peut-être pas précisément en ces proportions, mais quand même.

Le fermier, grand gagnant : depuis des décennies, les fermiers se frottent les mains quand arrivent l’Aïd el-Kebir. Même si le scandale de la vache folle et de l’ESB ont amené les autorités à être plus sévères, les abattages chez le fermier ont encore de beaux jours devant eux. D’abord parce que ces restrictions ne se sont pas accompagnées d’une prise en compte des besoins (plus d’abattoirs à disposition, mesures incitatives, etc.), mais ont plutôt donné lieu à des situations où l’arbitraire l’emportait. On pense évidemment à toutes ces décisions préfectorales qui interdisent l’ouverture d’abattoirs dans telles villes quand en d’autres lieux des abattoirs sont habilités à organiser les sacrifices. Ensuite parce que les paysans français trouvent dans l’Aïd al-Adha un moyen de survie et ne tiennent pas à se passer d’une telle bouffée d’oxygène. Enfin parce que l’Aïd al-Adha est profondément ancrée dans les traditions des Français musulmans et qu’il n’est pas question pour beaucoup d’y renoncer. La conjonction de tout cela profite au final aux fermiers.

Les bouchers, parents pauvres de l’Aïd ? On les croit déjà en perte de vitesse face au rouleau compresseur que représenterait la grande distribution. Malgré tout, les boucheries ne désemplissent pas et gardent toujours un fort taux de confiance chez les consommateurs musulmans. A tort, quand le boucher se fournit en viande non halal, à raison quand il offre un service de proximité en adéquation avec les attentes et les exigences de ses clients ; à la différence de la grande distribution qui, dans son ensemble, ne respecte toujours pas le consommateur musulman et mange à tous les râteliers.

Les mosquées, de nouveaux arrivants : on observe depuis quelques années que des mosquées prennent en charge le sacrifice de l’Aïd. C’est pour elle une source de revenus qui peut s’avérer intéressante. Les fidèles achètent leur mouton par leur intermédiaire et acceptent que les mosquées perçoivent une commission sur chaque tête. L’argent récolté permet alors soit de financer un projet de construction de mosquée, soit de contribuer au budget de fonctionnement des locaux. Par ailleurs, la présence systématique de délégations envoyées par les mosquées sur les lieux d’abattage permettent de garantir le bon déroulement des sacrifices, conformément aux préceptes islamiques.

La grande distribution, encore du chemin à parcourir avant de convaincre : la grande distribution ne convainc pas. Et pour cause, elle ne veut toujours pas mettre les moyens de ses ambitions et préfère maquiller la réalité, souvent peu glorieuse, avec un discours marketing qui lui permet au final de grappiller quelques miettes. Elle pourrait pourtant apporter beaucoup au halal, si seulement elle procédait avec la même rigueur et le même professionnalisme dont elle sait faire preuve ailleurs. Si seulement. L’absence de loi et de règlementation française concernant le halal (norme halal Afnor par exemple) offre malheureusement à tous ceux qui veulent berner les musulmans tout le loisir de le faire impunément. Qui irait et surtout sur quel fondement juridique (tromperie et publicité mensongère peut-être ?) porter plainte contre une enseigne qui vend du faux-halal sous couvert de halal ?

A propos de la grande distribution et de tout ce qu’elle se permet quand il s’agit des musulmans, nous vous invitons d’ailleurs à lire les commentaires qui ont suivi notre article L’Aïd el-Kebir serait avancé de dix jours… selon Cora.

Et pour ceux qui achètent sur Internet, il y a eu peut-être un effet Halaldom (http://www.halaldom.com) ou bien est-ce ceux qui trouvent leur mouton sur les sites de petites annonces ? Si vous en faites parti, n’hésitez pas à nous en dire plus.

Et vous, ces chiffres vous surprennent ou correspondent à l’idée que vous faisiez ?

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