Fondation Bardot : et si on dialoguait ?

Par Al-Kanz

Après un Grenelle de l’animal qui n’a pas répondu à ses attentes, la fondation Bardot change de stratégie : convaincre directement le consommateur – plutôt que le politique – de ne plus manger halal. Au risque de radicaliser ses actions. Et si on dialoguait ?
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Assurée du soutien du président Sarkozy, quand il était ministre de l’Intérieur puis candidat à l’élection présidentielle, la fondation Bardot attendait beaucoup du Grenelle de l’animal. Bien mal lui en a pris. La politique ayant ses raisons que la raison ne connaît pas, la principale revendication de la fondation a été recalée : pas d’étourdissement des animaux avant l’abattage. Grosjean comme devant mais tenace, Brigitte Bardot a décidé de changer de fusil d’épaule : s’adresser directement aux consommateurs.

Etourdir les animaux, un cheval de bataille

Voilà des années que la fondation Brigitte Bardot lutte pour mettre fin à une pratique qu’elle juge “barbare” : la saignée des bêtes sans étourdissement préalable lors de l’abattage dit “rituel”. Par abattage rituel, il faut entendre la mise à mort des bovins, des ovins et autres volailles qui ont vocation à finir dans l’assiette d’un juif ou d’un musulman. La particularité de cette forme d’abattage réside dans l’état de veille de l’animal au moment de la saignée. Condition indispensable et non négociable pour les uns, intolérable pour les autres.

Le Grenelle de l’animal devait donner satisfaction, sur ce point, à Mme Bardot et aux associations de défense des animaux. Il en a été autrement – l’intervention des autorités religieuses juives auprès de l’Etat a été décisif (Michèle Alliot-Marie : rien ne doit pouvoir remettre en question l’abattage rituel). Face à ce véritable camouflet et aux piètres résultats d’un lobbying pourtant actif, la fondation Bardot a décidé de se tourner vers les consommateurs.

Le président Sarkozy n’a pas tenu sa promesse

« Je souhaite que, dans toute la mesure du possible, l’étourdissement préalable soit généralisé […] Je veux, maintenant, que les abattoirs hallal s’engagent, concrètement et rapidement, dans la voie d’une généralisation de l’étourdissement préalable »

Lettre de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur et des Cultes
à la Fondation Brigitte Bardot
Paris, le 22 décembre 2006

Haro sur les kebabs halal

Faute d’avoir pu mener le gouvernement là où elle voulait l’emmener, la fondation Bardot choisit de se tourner directement vers les consommateurs par des actions ciblées – pas encore coup de poing. Dernière action en date : une lettre de Mme Bardot a été envoyée aux organisateurs du festival Les Vieilles Charrues, lettre dans laquelle il était demandé de mettre fin à la vente de kebabs halal. Horreur, souffrance, épouvante insupportables, les mots n’étaient pas assez forts pour dissuader les organisateurs du festival de nourrir les participants avec des kebabs.

L’initiative n’a pas eu d’écho dans la presse. Pas un mot non plus sur le site des Vieilles Charrues. En revanche, l’association Asidcom (http://www.asidcom.com/) a jugé nécessaire d’écrire aux organisateurs du festival pour leur faire un entendre un tout autre son de cloche (la lettre est disponible sur le site du CRCM Pays-de-la-Loire)

Au-delà de cette action anecdotique, on peut d’ailleurs se demander dans quelle mesure ces excès ne nuisent pas à la cause animale.

Des alliés objectifs

Car au fond n’y a-t-il pas plus important que cette stigmatisation systématique ? Certes, il semble difficile, pour ne pas dire impossible, que les pro-étourdissement et les anti-étourdissement préalable de l’animal avant la saignée réussissent à trouver un terrain d’entente, tant les points de vue sont inconciliables (tout au moins en l’état actuel des pratiques et des techniques utilisées). Cela étant, la fondation Bardot ou d’autres organisations, telle l’OABA, militent pour que les bêtes soient mis à mort dans les meilleures conditions. De même les musulmans affirment défendre le bien-être animal. Et pour cause c’est canoniquement une obligation pour eux de bien traiter tout être vivant. Or, tout n’est pas rose dans les abattoirs. Les associations de défense des animaux ne cessent de le répéter – jusqu’à la caricature, on le sait. Et elles ont raison.

Au fond, si l’on met de côté la profonde divergence autour de la question de l’étourdissement préalable, tout rapproche les deux parties. N’y aurait-il pas là matière à oeuvrer conjointement pour une meilleure prise en compte de la souffrance animale ? Et si on dialoguait ?



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Vos réactions (13 commentaires)

  1. Lune    

    “L’initiative n’a pas eu d’écho dans la presse”
    Alors pourquoi lui en faire?

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  2. Al-Kanz    

    Et pourquoi pas ? Nous ne suivons pas “la presse”, nous ne décidons pas de nos sujets en fonction de la presse.

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  3. Mo7sen    

    Il est clair, que ça ne mange pas de pain de rappeler aux pratiquants de l’abattage rituel les règles et l’esprit du respect des animaux. Les rappels en la matière ne sont jamais suffisants.

    C’est trop beau de dire que notre religion nous inculque les valeurs du respect de tout être vivant, y compris donc le respect de l’animal. C’est la théorie sur laquelle tout le monde tombe d’accord.

    En pratique, l’image que donnent certains musulmans à travers leur comportement au quotidien est tout autre. Cette image peut nuire globalement aux musulmans de France et surtout à la majorité silencieuse ! Par exemple, dans le respect de l’autre, il y a toutes les règles du civisme (dans les espaces publics, dans les transports, …), le respect de règles de l’hygiène et de la sécurité alimentaire (pas mal de négligence dans les fast-food sur la façades desquels est apposé en grand l’étiquette “Halal”), le respect du client, le respect des électeurs… Voilà donc autant d’aspects qui méritent d’être analysés, loin des débats passionnés. Bien sûr, il ne faut surtout pas généraliser, mais cela prouve une chose : les musulmans devraient accepter davantage la critique, surtout de l’intérieur, afin d’apporter les améliorations nécessaires.

    En somme, qui cherche l’exellence doit permettre la critique/auto-critique et rechercher les améliorations en continu.

    Merci à Al-Kanz de cet article et continuez à nous éclairer.

    Mo7sen.

    Mo7sen.

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  4. arno    

    Trés bel article constructif;

    je suis un partisant de la cause animal, végetarien depuis 15 ans.
    je pense que le sujet “délicat” de l’Aid, entre dans le contexte géneral de la question animal et de la manière dont l’être humain traite le monde animal.
    J’aime a considerer l’être humain comme le gardien de la planète, responsable du bien être de tout être vivant sur la terre, de par le simple fait que l’être humain est , sans doute, la créature la plus évoluée
    j’aime à imaginer un être humain qui se comporte comme un seigneur envers les autres individus, animaux inclus, et je pense qu’il est de notre devoir de proteger le principe de vie qui sommeille en chaque créature, plus que tout !
    Nous devons favoriser la vie au détriment de la mort;
    l’être humain est capable du meilleure, et pourtant c’est le pire qui l’emporte quotidienement…
    Concernat l’Aid, n’est il pas possible d’inventer une alternative au sacrifice? Je suis sur que cela est possible et que la communauté Musulmane en sortirait grandie, et deviendrait un exemple de compassion.
    En attendant, il faut avancer pas à pas, et l’idée d’un étourdissement préalable, me parait indispensable.
    De plus j’invite tous le monde a se diriger vers un régime a tendance végetarienne: c’est bon pour les bêtes, bon pour la planète, et bon pour le corp et l’ésprit.
    Amicalement.

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  5. Mo7sen    

    M. Arno,

    Votre réaction comprend plusieurs éléments qui ne sont pas forcément liés par la logique que vous semblez si simplement dérouler.

    Tout d’abord, pour ce qui est du bon traitement et de la clémence en vers les animaux, les paroles et les actes du Prophète (pour les musulmans) ne manquent pas de rappels. Si les actes des musulmans ne suivent pas ces principes, ce sont ces musulmans qu’il faut critiquer. À ce sujet, je vous invite à visionner la vidéo
    http://www.youtube.com/watch?v=BwpeVl4ZnFA (entre 3’40” et 5′). Vous pouvez mettre tout le sujet de la conférence de côté et n’écouter que ce qu’il dit de l’état d’esprit du Prophète à ce sujet de son vivant et la manière dont T.R. critique le formalisme de certains musulmans qui oublient l’essentiel…

    Quant à votre expression “En attendant, il faut avancer pas à pas, et l’idée d’un étourdissement préalable, me parait indispensable.”, vous semblez croire avec certitude, comme tant d’autres, que l’étourdissement des animaux est moins douloureux pour les animaux que la saignée (bien sûr si celle-ci est faite dans les conditions du respect mentionnées ci-dessus). À ce sujet, je vous invite à (re-)lire la lettre pointée par l’article ci-dessus et qui vous a plu (http://www.crcm-paysdelaloire.org/modules.php?name=News&file=article&sid=85) ainsi que le rapport qui accompagne cette lettre http://www.animaletsociete.com/contributions/Rapport-ASIDCOM-Les-benefices-de-l-Abattage-rituel-pour-les-animaux-et-les-hommes.pdf et qui défend la thèse contraire. Vous verrez que ce rapport lui-même ne manque pas d’auto-critique vers la fin lorsque les modalités sont évoquées (nécessité de former les “techniciens” dans les abattoirs).

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  6. arno    

    Merci beaucoup pour le lien sur Youtube, que j’ai regardé avec interêt.
    d’aprés Tarek Ramadan, le Prophète parle de “sacralité de la vie”; je ne disais pas autre chose dans mon précedent post.
    Bien que n’ayant que peu de connaissance sur la culture et la religion Musulmane, je ne doutais pas un instant qu’elle pronât un respect de la vie animale.
    Comme pour toute religion, c’est la mise en pratique “sur le terrain” qui cloche.

    En ce qui concerne l’étourdissement préalable de l’animal lors de l’Aid, je pensais que cela empecherait l’animal de souffrir, si cela n’est vraiment pas le cas, alors trouvons une alternative afin d’être en accord avec les paroles du prophète.

    Mon approche de la notion du respect aux animaux peu sembler simpliste, mais elle est surtout pragmatique; on éstime qu’un végétarien, dans sa vie, épargne l’abattoir a 5000 animaux environs.
    je pense aussi que la spiritualité à besoin parfois de simplicité.

    amicalement.

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  7. Eric    

    Bonjour,

    Je pense que le problème va bien au-delà de l’étourdissement préalable ou non à la saignée de l’animal. La vraie question est : une religion, quellle qu’elle soit, peut-elle aujourd’hui encore fonder ses rites sur la mise à mort d’un être vivant ?
    Une religion peut-elle fiare fi de l’évolution des moeurs et des mentalités, en dédaignant la pensée collective d’une société dans laquelle elle doit s’insérer (car une religion qui ne fait pas corps avec une société est marginale et dans ce cas doit s’isoler ou s’adapter).
    Je ne suis pas croyant, pourtant je pense respecter la Vie, le souffle de la vie qui est une chose merveilleuse en soi. Je me considère ainsi plus “religieux” que des croyants qui pronent la mise à mort d’un être vivant. J’aimerais que les Musulmans et les Juifs réfléchissent à cet aspect pour le moins cruel de leur pratique religieuse.

    Je précise que je ne suis pas “croyant” justement à cause du discours intolérant et souvent cruel des religions (et des prophètes qui ont vécu il des siècles et auraient soit disant détenu une vérité éternelle). Si une religion stigmatise l’autre, elle devient un discours de guerre et de haine parfaitement médiocre.

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  8. Synesthete51    

    Bonjour, je trouve ça franchement dommage d’avoir un tel regard sur les religions juste à cause d’un mode d’abattage. Réfléchissons : nous critiquons toujours les musulmans et les juifs pour leur façon d’abattre un animal, les Chinois et les Coréens parce qu’ils mangent du chien… Et les Français alors ? Les Français vont à la corrida, mangent du foie gras, bouffent des huîtres encore vivantes ! Franchement à choisir entre être un mouton qui sera saigné ou un canard qui devra être gavé, je préfère la moindre souffrance d’un abattage rituel. Alors franchement, plutôt que de combattre systématiquement et d’abord les cultures étrangères, occupons-nous d’abord des habitudes cruelles du Français moyen, qui ne sont pas plus cruelles que celles des Chinois ou des musulmans…
    PS : je suis végétarienne.

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  9. arno    

    Bonjour Synesthete51

    je ne sais pas à qui s’adresse ton message, mais, en ce qui me concerne, je ne pense pas avoir tenu un tel discours ( “combattre les cultures étrangères”)
    ça ne sert à rien de chercher si il y a pire ou moins pire, car cela empêche toute possibilité de débat
    (il y a aussi des enfants qui souffrent…)
    là, nous parlons d’un problème donné, dans un certain contexte (l’abattage d’un animal dans le cadre d’un célébration religieuse)
    comme tu le sous entends d’une certaine manière, il serait bon que l’homme repense se relation à l’animal.

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  10. Synesthete51    

    Je pense notamment à Eric, si tu lis ses propos on dirait que la religion, c’est mal… Ce que je dis justement à son sujet, c’est qu’avant d’accuser toujours les autres sur la façon dont nous traitons les animaux, il faut d’abord balayer devant notre porte ;-) Toi qui as l’air d’être végé, je pense que tu comprends ce que je veux dire par là. Notamment sur des choses du type “manger du foie gras à Noël”. Ou même, simplement, manger de la viande ou du poisson. La plupart des gens qui accusent les musulmans d’horreurs sur les animaux ont des horreurs parfois pires encore à se reprocher…

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  11. arno    

    Je suis assez d’accord, il faut toujours balayer devant sa porte!
    Sinon, pour tous ceux qui s’intéressent au sort des animaux dit “de consommation”, vous pouvez voir sur google video le documentaire américain EARTHLING, qui est édifiant.
    Merci.

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  12. ABOU HACHIM    

    Rassurez vous ce n’est pas pour faire plaisir aux musulmans, c’est tout simplement pour se conformer à cet infime trace de lumière du livre de Moïse qui persiste tant bien que mal au sein de la communauté juive de France, vous voyez il y a du bon dans la laïcité ;=)

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  13. L’abattage rituel industriel n’est pas un problème religieux    

    […] de concert avec les musulmans plutôt que de les criminaliser (voir ce billet d’août 2008 : Fondation Bardot : et si on dialoguait ?). Retenons qu’il est question ici du halal dans l’industrie : abattage, rituel, […]

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