Halal : vente d’Isla Délice, c’est plié, mais pas (encore) signé !

Par Al-Kanz

Près de trente ans après son lancement, Isla Délice n’appartiendra plus sous peu à Jean-Daniel Hertzog.

isla delice logo

J.-D. Hertzog, patron de la société Zaphir, plus connue pour sa marque de charcuterie et produits carnés halal IslaDelice, a – enfin – réussi à vendre son entreprise.

Lire – Halal : le géant Bigard renonce à s’offrir Isla Délice

28 ans après, Hertzog passe la main

Lancée en 1990 en même temps que la création de Zaphir, Isla Délice est aujourd’hui leader, avec un chiffre d’affaires de quelque 70 millions d’euros en 2017 ; soit très loin devant les outsiders que sont Reghalal, Fleury Michon, Isla Mondial ou encore Oriental Viandes qui affiche depuis peu un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros.

Si depuis près de dix ans il se disait chez les professionnels du halal que J.-D. Hertzog souhaitait vendre sa société, ce dernier a systématiquement nié. En 2010 déjà, Zaphir nous indiquait que cette information était fausse.

Lire – Halal : Nestlé rachètera-t-il Isla Délice ?

Huit ans plus tard, Isla Délice était bien à vendre. Le géant français de la viande Bigard écarté, la décision était attendue avant ce jeudi 12 juillet. Le verdict est tombé en début de semaine : des deux candidats désireux d’acquérir Isla Délice, le fonds d’investissement belge Ergon Capital Partners et la famille Perrodo via son fonds d’investissement Perwyn, c’est le second qui a été retenu.

Perwyn, fonds d’investissement, mais family office

La vente du leader sur le marché est un événement en soi. L’intérêt grandit si l’on s’intéresse au profil de l’acquéreur : Perwyn, nouveau propriétaire à venir d’Isla Délice, est un fonds d’investissement, non un industriel.

Un fonds d’investissement achète une entreprise et en optimise la stratégie, le management, les différents process, afin de la muscler et en booster le chiffre d’affaires pour, généralement à court terme, in fine la revendre et toucher le pactole. A contrario, un industriel a une vision le plus souvent à plus long terme et une expérience réelle du métier.

Bigard qui rachète Isla Délice, c’est une boîte spécialisée dans la viande, et même dans la viande halal, qui poursuit son développement. Perwyn, ce sont des experts financiers, comptables, etc. qui savent gagner et faire de l’argent, pour parler trivialement, mais qui n’y connaissent rien à la viande, et encore moins au marché de la viande halal. Il n’est ainsi pas étonnant que les concurrents se satisfont aujourd’hui de ce que le repreneur soit Perwyn et non Bigard.

Pour autant, Perwyn a la particularité d’être adossé à une famille (on parle de family office). Pour faire simple, ce type de fonds se distingue de ces fonds férocement spéculatifs qui défraient régulièrement la chronique, qui achètent pour revendre le plus rapidement possible. Dans un fonds d’investissement à la Perwyn, la vision se rapproche plus de celle d’un industriel. Mais elle n’est pas celle d’un industriel.

Isla délice étêtée, tout est à (re)faire

Sa société vendue, le patron actuel de Zaphir quittera sous peu l’entreprise qu’il a créée ; le plus vraisemblablement sous 18-24 mois, selon ce qui sera définitivement acté. Perwyn a besoin de lui afin de mener à bien la transition, transmettre et même former son successeur et les éventuels collaborateurs qui l’accompagneront.

C’est là le principal enjeu du nouvel Isla Délice : sans, sinon un Jean-Daniel Hetzog bis, a minima, un dirigeant qui connaît vraiment la cible qu’il adresse, en l’occurrence les consommateurs musulmans, le marché de la viande halal et, last but not least, le terrain, l’entreprise multipliera les erreurs stratégiques et sera tôt ou tard rattrapée par la concurrence, dont le rêve ultime est de prendre sa place.

Il ne suffira en effet pas à Perwynn de trouver un simple dirigeant, tout bardé de diplômes qu’il pourra être, ni même un capitaine d’industrie, fût-il déjà dans l’agro-alimentaire. Le marché des consommateurs musulmans en général, de la viande halal en particulier, a ses spécificités, ses codes, ses ressorts. Ne pas les comprendre, c’est aller droit au mur.

Isla Délice perd son capitaine. Le successeur va devoir tout apprendre, sauf à considérer que Perwyn réussisse à débaucher la perle rare qui allie à la fois les compétences d’un dirigeant de PME et la fine connaissance du marché de la viande halal en France. Il en est bien qui pourrait remplacer J.-D. Hertzog, mais ils sont déjà dirigeants de leur propre entreprise. Et ils attendent avec un vif intérêt le nom du nouveau patron d’Isla Délice. On ne se demandera évidemment pas pourquoi…



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