Halal : la mosquée de Lyon se sépare d’un de ses partenaires historiques

Par Al-Kanz

Les volailles de Bernard Royal Dauphiné, qui fournit Casino et Carrefour, ne sont plus certifiées par la mosquée de Lyon.

abattage électronarcose / avec étourdissement
© L214

Le communiqué de presse avait suscité l’inquiétude des consommateurs musulmans. En mars 2021, les mosquées de Paris, d’Evry et de Lyon annonçaient conjointement que « l’abattage rituel halal de volaille en France ne sera[it] plus autorisé », « à compter du mois de juillet 2021 ».

Une législation plus exigeante

Dénonçant des « dispositions » qui constitueraient « une grave entrave au libre exercice du culte », les trois institutions alertaient sur la « situation dramatique » que les musulmans de France « risqu[aient] de vivre ».

Neuf mois plus tard, la volaille halal n’a pas été interdite par l’Etat français. Et pour cause : il n’était pas prévu qu’elle le soit, contrairement aux affirmations des trois mosquées. Ces dernières espéraient en réalité faire suffisamment pression sur les autorités pour qu’elles n’appliquent pas l’instruction technique DGAL/SDSSA/2020-722 du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation à l’origine du communiqué, laquelle a trait aux « contrôles officiels relatifs à la protection animale en établissement d’abattage de volailles au moment de leur mise à mort ».

Jusque juillet 2021, procéder à un abattage avec électronarcose, selon des paramètres électriques inférieurs à ceux imposés par l’Europe (règlement (CE) n°1099/2009 du Conseil du 24 septembre 2009 sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort), était encore toléré. Depuis juillet, il faut choisir : soit on abat les volailles sans recourir à l’électronarcose, comme le permet la dérogation dont bénéficient juifs et musulmans, soit l’abattage avec électronarcose selon les paramètres électriques imposés par le règlement européen.

Lire – Non, la France n’interdira pas la volaille halal en juillet 2021

L’Etat français n’ayant pas cédé, l’organisme de certification et de contrôle de la mosquée de Lyon, l’ARGML, (association rituelle de la grande mosquée de Lyon), a dû prendre une décision importante avec au moins, à ce jour, l’un de ses partenaires, le volailler Bernard Royal Dauphiné (BRD).

La mosquée de Paris et la mosquée d’Evry ne sont en réalité guère concernées, puisqu’elles permettent de longue date à leurs partenaires industriels le recours à l’électronarcose (et l’abattage mécanique) à des paramètres qui tuent une partie des volailles.

La mosquée de Lyon devait trancher

Contactée en juillet dernier par Al-Kanz, l’ARGML nous indiquait qu’elle continuerait à « certifier halal l’abattage rituel des volailles, uniquement si [ses collaborateurs sont] en mesure de vérifier, comme jusqu’à présent, que la volaille est bien vivante au moment du sacrifice, et ce par la présence permanente de nos contrôleurs rituels et la maîtrise des paramètres d’électronarcose ».

Lire – Abattage rituel : le CFCM n’accepte l’étourdissement ni avant ni après la saignée

Dès l’entrée en vigueur de l’instruction technique, il fallait compter avec des vétérinaires qui veillaient à faire appliquer rigoureusement ce texte. Selon nos informations, des tensions sont apparues, très rapidement, sur certains sites d’abattage dès l’été. Mais il aura fallu attendre la semaine dernière pour qu’une première décision, de taille, soit prise par un organisme de certification et de contrôle halal.

Partenaires depuis 25 ans, BRD et l’ARGML ont en effet mis fin à leur collaboration. « Le dernier lot d’abattage sous contrôle ARGML a été produit jeudi 2 décembre 2021 (lot 336). Ainsi, les produits à marque “Royal Halal”, “Maistre Bernard”, “Ben’s halal” ne porteront plus le logo de certification halal ARGML », précise l’organisme de certification dans un communiqué adressé mardi 7 décembre à Al-Kanz, « ce jusqu’à nouvel ordre ».

« Suite au constat de non-conformité réalisé par nos contrôleurs rituels », nous confie sa direction, « l’ARGML a décidé de suspendre sa certification halal sur ce site, dans la mesure où l’abattoir a été contraint d’appliquer à compter du vendredi 3 décembre 2021 des paramètres d’électronarcose trop élevés, définis par la nouvelle réglementation, conduisant quasi systématiquement à la mort des volailles ».

Quant à BRD, l’entreprise regrette cette fin de collaboration, rendue nécessaire, explique-t-elle à Al-Kanz, par « les modalités d’application décrites dans l’instruction technique », auxquelles son site de Grâne (Drôme) « s’est conformé, comme il le fait pour toute évolution règlementaire et clarification technique ».

Il restait toutefois possible au volailler de renoncer à l’électronarcose, plutôt que maintenir cette pratique, qui, du fait de ces nouvelles dispositions légales, de l’aveu même de l’ARGML, tue « quasi systématiquement » les volailles. Certes non désirée, la séparation d’avec son partenaire aurait pu être évitée, si BRD avait choisi d’abattre sans électronarcose.

Et maintenant ?

Plusieurs questions se posent désormais :
pour l’organisme de certification de la mosquée de Lyon : « Nous continuerons à opérer là où nous trouverons les conditions de garantie requises par notre cahier des charges », indique à Al-Kanz l’ARGML. Sans assouplissement de l’instruction technique, va-t-elle choisir de bannir de son cahier des charges le recours à l’électronarcose ? ou devra-t-elle ne plus intervenir qu’en-dehors de l’Hexagone, où elle est déjà présente ?

Lire – Abattage rituel : le CFCM n’accepte l’étourdissement ni avant ni après la saignée

pour BRD : jusqu’à présent le site de Grâne appliquait, selon l’ARGML, « des paramètres qui permettaient de garantir que la volaille était bien vivante avant l’abattage rituel, sous la responsabilité [des] contrôleurs rituels, présents durant toute l’opération ». Ce n’est plus le cas aujourd’hui : les productions se poursuivent sans son certificateur historique, certes « dans le respect de la règlementation européenne et de l’instruction technique ministérielle française », mais selon des paramètres incompatibles avec le halal.
Si, par ailleurs, BRD assure mettre « tout en œuvre pour [se] faire attribuer (sic) un autre organisme certificateur », sauf à se payer les services d’un organisme douteux, peu regardant sur la conformité au halal, il ne sera pas possible d’à la fois recourir à l’électronarcose dans le respect des exigences légales actuelles et de commercialiser des volailles strictement halal.
Le départ de l’ARGML est significatif : l’application des paramètres requis par l’instruction technique DGAL/SDSSA/2020-722 est incompatible avec le respect du halal, avec le halal tel que régi par les principes de l’islam. En outre, il actera peut-être la fin d’une duplicité, celles des organismes de certification qui, trompant les consommateurs musulmans, acceptent de longue date le recours à une électronarcose qui tue.

pour les partenaires industriels de l’ARGML : Casino et Carrefour sont d’ores et déjà concernés : BRD fabrique pour le premier et sa marque Wassila, pour le second et sa marque Carrefour halal. Or, précise la mosquée de Lyon, les « fabrications sous d’autres marques jusqu’à présent certifiées ARGML au départ de cet abattoir sont suspendues ».

Que feront les autres partenaires de l’ARGML (Zakia, Halal sélection, Italal, El Jaouda, les restaurants Quick et Burger King passés au halal etc.) ? Choisiront-ils, contrairement à BRD, de renoncer totalement à l’électronarcose ou mettront-ils à leur tour fin à leur collaboration avec l’ARGML ? Quid d’Isla Délice, se demanderont sans nul doute au premier chef les clients du leader français de la charcuterie halal ? Si l’entreprise, rachetée en 2018 par le fond d’investissement Perwyn, se fournit massivement à l’étranger, elle devra d’une manière ou d’une autre sinon prendre position, à tout le moins communiquer.

Quels que soient les choix à venir des uns et des autres, la fin du partenariat de l’ARGML d’avec Bernard Royal Dauphiné et, avant cela, l’entrée en vigueur de l’instruction technique DGAL/SDSSA/2020-722 marquent un tournant sur le marché de la viande halal, dont il n’est pas possible aujourd’hui de mesurer les conséquences.



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