On prend les mêmes et on recommence. Alors que la marque Carrefour haram halal ne connaît pas le succès escompté (voir Les chiffres catastrophiques de Carrefour halal) et que Carrefour est en litige avec son partenaire certificateur SFCVH-mosquée de Paris, Auchan a décidé de lancer sa propre marque de distributeur (MDD), succédant ainsi à Casino (Wassila), Intermarché (Al-Jayid) et Carrefour (Carrefour halal).

Choisir un fournisseur certifié, mais non contrôlé

L’enseigne a sollicité à cet effet la bienveillance de la SFCVH pour disposer des certificats, des étiquettes et des estampillés nécessaires pour laisser penser aux consommateurs musulmans que les produits de la MDD seront halal. A l’instar de Carrefour, mais aussi de Quick, de Nestlé, de Reghalal et de tous les autres industriels qui préfèrent les organismes de certification sans contrôleurs salariés et envoyés sur site pour un contrôle effectif, systématique et indépendant, Auchan a choisi le groupe Bigard pour les steaks hachés qui seront prochainement dans les rayons halal de son réseau.

Chez Bigard, à qui appartient Socopa – le fournisseur de Quick en steaks prétendument halal blacklisté par le groupe Casino pour cause de non-respect du cahier des charges halal –, si les bêtes sont bien abattues par un sacrificateur musulman, il n’y a aucun contrôleur employé par l’organisme certificateur sur le site. Et pour cause la SFCVH-mosquée de Paris n’emploie aucun contrôleur à proprement parler, comme il a été très clairement démontré dans le reportage de Feurat Alani diffusé dimanche 31 juillet sur Canal+.

Un abattage peut-être halal, une découpe sans garantie

Une découpe sans stricte garantie, précisons-le, quant au respect du halal. Évidemment, en matière de traçabilité de la viande et de respects des conditions d’hygiène et de qualité sanitaire, le fournisseur d’Auchan est irréprochable. Tout aussi évidente, la posture de Bigard et de la SFCVH consiste à broder sur une prétendue organisation où tout a été mis en œuvre pour que ce soit halal. Littérature ! Même briefés, ces responsables d’abattage demeurent salariés de l’industriel et ne peuvent jouir par définition de liberté d’action nécessaire à un contrôle indépendant. Par ailleurs, quand bien même l’abattage serait respectueux des principes qui régissent le halal, l’étape suivante qui consiste à découper la carcasse n’apporte aucune garantie sinon celle qui se fonde sur les affirmations de l’industriel, puisque là encore il n’y a aucun contrôle. Ajoutons un second problème – grave : lors de la fabrication de steaks hachés, comme c’est le cas pour la MDD Auchan, la matière première doit contenir un taux de gras donné.

Quid du mélange viande halal – viande non halal ?

Souvent, ce taux n’est pas assez élevé. Il faut alors recourir à ce que l’on appelle du « minerai » (ou minerai de chair), qui comme le précise un document du ministère de l’Economie « correspond exclusivement à des ensembles de muscles striés et de leurs affranchis, y compris les tissus graisseux y attenant, provenant de viandes fraîches découpées et désossées, réfrigérées, congelées ou surgelées, répondant aux spécifications prévues par le Code des usages. » (source : economie.gouv.fr – pdf). En clair, il faut recourir à une matière première carnée autre que celle de la bête abattue. A cette étape, sans contrôleurs indépendants et sur place au moment de la découpe, rien n’empêche un ouvrier de se servir dans le minerai de secours non halal. De même, le reste de la production n’est pas contrôlée. Dans ces conditions, la réalité des abattoirs et des centres d’élaboration des viandes (CEV) confirme tous les jours l’adage populaire : « quand le chat n’est pas là, les souris dansent. »

Auchan halal ou la stratégie de l’autisme

Alors que plus personne ne doute de la gravité du scandale qui frappe aujourd’hui le marché du halal, Auchan, plutôt que de tirer des leçons de la mauvaise expérience de Carrefour et de sa MDD prétendument halal, préfère envoyer un message de mépris à l’égard des consommateurs en leur disant de fait très clairement qu’il n’est pas question de leur apporter les gages nécessaires et les garanties qui leur permettront d’acheter et de consommer les produits Auchan halal avec la sérénité qui leur est due, à l’instar de tout autre consommateur en France. Une fois encore, un acteur économique démontre que tant qu’il n’est pas contraint par la loi de respecter ses clients, c’est le service minimum qui est mis en œuvre. Aux consommateurs musulmans de refuser cette situation en sanctionnant tous ces acteurs avec leur porte-monnaie. Il n’est pire hantise pour un commerçant, fût-il un poids lourd de la grande distribution, que de voir ses clients le fuir.

Ce que vous devez savoir

Chaque consommateur a un pouvoir énorme : celui de ne pas acheter ni de consommer un produit qui ne correspond pas à ses attentes. C’est là le talon d’Achille des industriels et de la grande distribution. Si le mépris des consommateurs est courant, celui à l’endroit des consommateurs musulmans est particulier en ce qu’il a toujours consisté à penser et à agir avec l’idée que ces derniers n’étaient bons à être pressé comme des citrons.

Or, chacun doit prendre conscience qu’il est potentiellement dangereux, en ce qu’il peut être la cause d’un désamour aussi rapide qu’étendu, à l’instar de ce mégot de cigarette qui mal éteint provoque parfois des incendies ravageurs.

Ce que vous pouvez faire

Il ne suffit pas de dire son mécontentement sur Internet. Il faut contacter directement Auchan pour lui signifier que le halal à papa n’a que trop duré. Voici le numéro du service consommateurs : 03 5930 5930 (appel non surtaxé), du lundi au samedi de 9h à 20h (prix d’un appel local) ou encore celui de la centrale d’achat : 03 28 37 67 00, et comme le suggérait FM récemment, lectrice d’Al-Kanz.org, demander M. Renaut, acheteur produits du monde.

Si vous vivez près d’un Auchan et que vous y faites vos courses, demander à parler au responsable. Prenez par ailleurs cinq minutes pour vous rendre à l’accueil pour y laisser un mot par écrit. Chaque magasin dispose d’imprimés destinés à recueillir les réclamations des clients.

Ne négligez pas votre pouvoir d’informer : à la mosquée, parlez-en aux fidèles, sensibilisez l’imam, demandez-lui de rappeler l’importance de manger vraiment halal et la nécessité de s’écarter des choses douteuses. La mosquée est à elle-seule un réseau social, bien plus puissant que Facebook ou Twitter.