Dix jours après la publication de notre enquête, Isla Délice a diffusé un communiqué de presse puis une vidéo sur les réseaux sociaux. Al-Kanz revient sur cette communication de crise et rappelle les faits solidement établis.
Un rachat perturbé
Fin 2025 devait ouvrir une nouvelle séquence pour Isla Délice. Le rachat par A&M Capital Europe (AMCE) est finalisé le 16 décembre. À partir du 21 décembre, la marque bénéficie d’une exposition internationale à l’occasion de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), diffusée dans 180 territoires, dont 18 pays européens.
Le choix de la CAN s’inscrit dans les ambitions du leader français du halal : toucher plusieurs dizaines de millions de consommateurs potentiels en Europe, afin de consolider ses marchés existants et de préparer de futures implantations au-delà des sept pays où elle est déjà présente.
Dans nombre de ses communications, AMCE revendique depuis plusieurs années son « association » avec Alvarez & Marsal (A&M), présentée dans ses documents institutionnels comme constitutive de son modèle d’investissement.
Sur son site officiel, la société explique entretenir « une relation stratégique avec A&M, offrant un accès à environ 9 500 dirigeants opérationnels et experts fonctionnels, répartis dans plus de 80 bureaux en Europe, Amérique du Nord, Moyen-Orient, Asie et Amérique du Sud. »

Le même élément de langage figure dans la brochure disponible sur le site web d’AMCE, qui insiste, là encore, sur l’accès privilégié aux ressources humaines, à l’expertise opérationnelle et au réseau mondial du cabinet international, et surtout sur une « équipe d’investissement hautement expérimentée, renforcée par [son] association stratégique avec Alvarez & Marsal ».

Dans sa communication, Isla Délice passe sous silence cette dimension stratégique et opérationnelle pourtant revendiquée par AMCE et recentre le débat sur la seule absence de « lien capitalistique » direct avec Alvarez & Marsal.
Or, cette distinction, centrale dans l’analyse d’Al-Kanz, est précisément celle que la communication de la marque omet d’évoquer.
Le 27 août 2025, soit plusieurs mois avant la finalisation du rachat, Alvarez & Marsal (A&M) enregistre à Tel-Aviv une filiale dédiée à la cybersécurité, A&M Cyber Risk Services LTD, face au ministère israélien de la Défense et au quartier général de l’armée.
Cette implantation n’est rendue publique qu’à la suite des révélations d’Al-Kanz le 14 décembre dernier.
Le décalage entre les faits établis et la manière dont Isla Délice a choisi de déplacer le débat dans sa communication de crise appelle un décryptage méthodique.
Une communication de crise qui évite les faits
Dans son communiqué de presse puis dans la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Isla Délice ne répond pas aux faits exposés par Al-Kanz.
La marque déplace l’attention du public du sujet lui-même vers le média, évoquant successivement des « amalgames », des « approximations » dans l’article, puis une « rumeur » qui aurait été « fabriquée ».
Dans sa défense, Isla Délice fait abstraction d’une distinction pourtant explicitement établie dans notre démonstration entre A&M et AMCE, rappelée dans un encadré sur leur indépendance juridique respective.
Ce glissement, classique en communication de crise, consiste à assimiler un travail journalistique fondé sur des éléments publics, vérifiables et sourcés à un ensemble hétérogène de contenus circulant sur les réseaux sociaux (messages anonymes, vidéos TikTok, publications Instagram, tweets, etc.), dont certains relèvent effectivement de l’approximation, de l’amalgame, voire de la manipulation.
En procédant ainsi, Isla Délice opère une confusion entre deux registres distincts :
— d’un côté, une enquête documentée ;
— de l’autre, des réactions et commentaires produits hors de tout cadre journalistique.
Cette confusion permet d’éviter toute réponse de fond aux éléments établis et de recentrer le débat non plus sur les faits, mais sur le média qui les a révélés et sur les réactions qu’ils ont suscitées.
Contacter Isla Délice avant de publier ?
Al-Kanz a été également mis en cause sur un autre point : Isla Délice n’a « jamais été contactée pour vérification ». Et pour cause.
Un média n’est tenu ni juridiquement ni déontologiquement de solliciter systématiquement une réaction de l’entreprise citée dans un article, dès lors que les faits rapportés sont publics, vérifiables, contextualisés et présentés sans déformation.
Aucune des principales chartes encadrant les pratiques journalistiques (Syndicat national des journalistes, Fédération internationale des journalistes, charte de Munich, etc.) ne l’impose. Ces textes fixent des principes clairs : véracité, équité, loyauté, auxquels Al-Kanz n’a nullement dérogé.
En l’espèce, l’enquête s’appuie sur des annonces officielles, des registres légaux, des données géographiques et des communiqués de presse. L’ensemble de ces éléments est immédiatement accessible en ligne, en quelques clics.
Contacter, ou non, une entreprise
Les principes posés par la Charte de Munich (ou Déclaration des devoirs et des droits des journalistes), qui encadre l’exercice de la profession journalistique.
Le texte rappelle notamment que le journaliste a le devoir de « respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même », et de « publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ».
Il n’impose en revanche aucune obligation systématique de solliciter la réaction des personnes ou des entreprises concernées lorsque les faits rapportés sont établis et sourcés.
Al-Kanz ne publie ni rumeur, ni témoignage anonyme. L’article ne relaie aucune accusation, ne reprend pas de contenu diffamatoire, ne présente aucun fait non vérifiable et ne déforme en aucune manière la réalité : il n’affirme pas par exemple qu’Isla Délice opère en Israël ni qu’AMCE est une filiale d’A&M.
De fait, contacter préalablement la marque n’aurait rien modifié à la réalité des éléments exposés.
S’en prendre au messager pour détourner du message
En mettant en cause la méthode journalistique, on suggère que l’information serait contestable non pour son contenu, mais pour le simple fait qu’elle a été rendue publique.
Plutôt que d’expliciter la nature du partenariat stratégique avec Alvarez & Marsal (A&M), la marque choisit de disqualifier les interrogations soulevées en les renvoyant au registre du « complotisme ».
Les critiques formulées par Isla Délice à l’encontre d’Al-Kanz ne portent pas sur l’exactitude des éléments publiés, mais sur leur révélation.
Qu’une entreprise souhaite que toute information la concernant coïncide avec ses objectifs de communication ne l’autorise pas à exiger qu’une enquête soit préalablement validée par ses soins avant publication.
La posture d’Isla Délice apparaît d’autant plus décalée qu’elle tranche avec les échanges professionnels et cordiaux entretenus jusqu’alors.
Elle s’inscrit, plus largement, dans un climat préoccupant où la mise en cause infondée de la presse, par voie de communiqué, voire par des procédures-bâillons, tend à se banaliser.
Le rôle d’un média est de rendre accessibles au public des informations d’intérêt général. À ce titre, les consommateurs ont le droit de savoir ce qu’ils achètent, mais également dans quel environnement économique leurs achats s’inscrivent. Contester la publication de faits établis revient à remettre en cause ce droit fondamental à l’information, droit auquel Al-Kanz ne transige pas.
Ce que dit — et ne dit pas — l’enquête d’Al-Kanz
L’enquête publiée par Al-Kanz a mis en lumière le risque réputationnel lié à l’implantation en Israël d’une filiale d’Alvarez & Marsal, au regard des liens stratégiques et opérationnels revendiqués entre ce cabinet et A&M Capital Europe (AMCE), nouveau propriétaire d’Isla Délice, dans un contexte géopolitique particulièrement sensible.
Elle ne procède d’aucun raccourci, extrapolation ou interprétation : les faits exposés sont publics, sourcés et présentés dans leur stricte matérialité. Les exigences de prudence et de modération, conformes à la ligne éditoriale d’Al-Kanz qui prévaut depuis près de vingt ans, ont été pleinement respectées.
Al-Kanz n’est pas comptable des commentaires, réactions ou déformations ayant circulé sur les réseaux sociaux à la suite de ses publications.
Les amalgames et interprétations abusives relèvent d’une responsabilité distincte du travail journalistique et constituent un phénomène inhérent aux réseaux sociaux, qui n’épargne personne, pas même Al-Kanz, pris à partie pour avoir simplement rappelé qu’en matière de halal, la religion du dirigeant d’une entreprise, en l’espèce celle d’Éric Fauchon, PDG d’Isla Délice, ne constitue pas un critère de conformité des produits.
Isla Délice nous répond
À la suite de la publication par Isla Délice du communiqué de presse et de la vidéo mettant en cause Al-Kanz, nous avons sollicité Eric Fauchon, qui a répondu à nos questions par courriel.
Le PDG indique que « tout ce qui est publié par Isla Délice se fait à [sa] demande, pour protéger l’entreprise et ses salariés. Et nous décidons aussi du moment où nous le faisons. »
Il rappelle par ailleurs que « AMCE n’a aucun lien capitalistique avec Alvarez & Marsal, n’est pas dirigée par Alvarez & Marsal, et qu’Alvarez & Marsal n’est pas un investisseur chez AMCE ».
Ces réponses n’éclairent pas les liens stratégiques et opérationnels assumés publiquement entre AMCE et Alvarez & Marsal, présentés par AMCE dans ses communications comme un élément structurant, au cœur de l’enquête publiée par Al-Kanz.
Contactée, AMCE n’a pas répondu à nos questions à l’heure où nous publions cet article.





