Halal : Isla Délice rachetée par AMCE, son partenaire A&M s’implante en Israël

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Halal. Le 1er septembre dernier, A&M Capital Europe (AMCE) officialisait le rachat d’Isla Délice, alors propriété du fonds britannique Perwyn.

Quelques jours plus tôt, alors que la guerre menée par Israël à Gaza se poursuivait, Alvarez & Marsal, partenaire stratégique d’AMCE, choisissait Tel-Aviv pour le siège de sa nouvelle filiale, A&M Cyber Risk Services LTD, au cœur de l’écosystème sécuritaire israélien. Une concomitance qui place la première marque halal de France, cible de rumeurs récurrentes sur ses liens supposés avec Israël, face à un enjeu inédit pour sa réputation.

Un tournant majeur sur le marché du halal français et européen

Isla Délice a beau être numéro un français du halal, loin devant ses concurrents (Isla Mondial, Fleury Michon, Réghalal et autres Oriental Viandes), la marque n’a pas pleinement tiré parti de sa position et des dynamiques du marché. Une configuration idéale pour AMCE, fonds d’investissement middle-market (entreprises de taille intermédiaire).

Le schéma est classique : prise de contrôle du leader du halal, acquisition de marques complémentaires, rationalisation industrielle et commerciale, expansion européenne, puis revente dans un délai de cinq à sept ans.

L’audit (due diligence) mené par le cabinet Food Strategy Associates (FSA) accrédite ce scénario, qui s’inscrit de fait dans la stratégie engagée depuis plusieurs années par l’actuelle direction d’Isla Délice.

Malgré un chiffre d’affaires à l’international passé de moins d’un million d’euros en 2019 à 20 millions aujourd’hui, la marque demeure, hors de France, « à ses balbutiements », selon les termes d’Eric Fauchon, son PDG. Après une entrée remarquée dans la grande-distribution outre-Manche, à la faveur du rachat de la petite Takul, Isla Délice devrait consolider sa présence au Royaume-Uni et développer sa présence en Allemagne, deux marchés stratégiques.

À condition d’opérer enfin la transformation qu’aucune grande entreprise du halal n’a su mener, pour répondre réellement aux attentes des consommateurs musulmans. Ce défi opérationnel devient toutefois secondaire face aux enjeux qui se profilent.

Alors qu’Isla Délice tente depuis des années de se départir de rumeurs l’associant à Israël, l’installation d’A&M Cyber Risk Services LTD est susceptible d’entacher son récent rachat, comme ses ambitions, en France et à l’étranger.

Isla Délice et Israël, de la rengaine aux faits

Isla Délice, fondée en 1991 par Jean-Daniel Hertzog, fait depuis plusieurs années l’objet de soupçons récurrents : remise en cause du halal et, surtout, accusations de financement d’Israël.

En août 2010 par exemple, un courriel malveillant relayé par SMS affirmait que « la société israélienne » (sic) Isla Délice aurait été condamnée pour avoir vendu « du porc sous le label halal ». AVS, également visée, dénonça quelques jours plus tard une manœuvre d’industriels cherchant à discréditer leur principal concurrent et une conception rigoureuse du halal.

Autre relais majeur, Alain Soral, multi-condamné notamment pour injure antisémite, popularisa largement l’idée d’un marché du halal contrôlé par des juifs finançant Israël, citant à répétition Isla Délice, Wassila ou Réghalal. En 2014, sa fake news est reprise par une milice extrémiste, la Ligue de défense juive, dans un tweet moqueur visant le mouvement BDS.

Ligue de défense juive : fake news sur le halal
« La société Zaphir, qui commercialise la marque Isla Délice, appartient à un Français. La société est également française et en aucun cas israélienne », rappellera un communiqué officiel. Rien n’y fera : la rumeur colle toujours, tenace comme le sparadrap du Capitaine Haddock.

Si ces accusations ont longtemps constitué un handicap, l’implantation récente d’Alvarez & Marsal Cyber Risk Services à Tel Aviv en modifie la portée.

Jusqu’ici, en effet, les appels au boycott d’Isla Délice reposaient sur des conjectures, parfois fantasmées ou instrumentalisées.

AMCE et Alvarez & Marsal : indépendance juridique, partenariat stratégique

A&M Capital Europe (AMCE) est juridiquement distinct d’Alvarez & Marsal (A&M) et n’en constitue pas une filiale. Les deux entités sont toutefois liées par un « partenariat stratégique » ouvertement revendiqué.

Dans ses communications publiques comme sur son site Internet, AMCE met en avant sa coopération étroite avec Alvarez & Marsal, dont les consultants et le réseau international peuvent être mobilisés pour accompagner la transformation opérationnelle des sociétés détenues par le fonds.

AMCE souligne ainsi que cette association « lui permet d’accéder à l’expertise opérationnelle de tout premier plan des quelque 5 700 consultants d’Alvarez & Marsal, répartis dans 25 bureaux en Europe et 69 bureaux dans le monde ».

Ce mode de fonctionnement instaure une continuité fonctionnelle entre la stratégie d’investissement d’AMCE et les expertises sectorielles développées par Alvarez & Marsal, sans confusion juridique entre les entités.

Concrètement, lorsqu’AMCE acquiert une entreprise, il peut s’appuyer sur les équipes d’Alvarez & Marsal pour piloter des restructurations, des audits de sécurité, des transformations organisationnelles ou des stratégies de croissance.

Ainsi, les questions soulevées par cette coopération ne relèvent pas d’un financement d’Alvarez & Marsal par Isla Délice, mais de son impact potentiel sur l’image de la marque.

A&M, au cœur de la cyber-défense israélienne

Le calendrier est particulièrement sensible. Alors qu’AMCE s’apprêtait à officialiser le rachat d’Isla Délice, son partenaire stratégique Alvarez & Marsal enregistrait, le 27 août dernier, sa filiale A&M Cyber Risk Services LTD à Tel-Aviv. Un détail, et non des moindres : l’entreprise s’est installée dans l’Azrieli Center, directement face à la tour Matcal, où siègent l’état-major de Tsahal et le ministère israélien de la Défense. Entre les deux bâtiments, un simple boulevard : Menachem Begin.

Le choix de Tel-Aviv, plutôt qu’une place financière classique comme Londres ou Luxembourg, indique que cette implantation ne relève pas d’une simple domiciliation juridique, mais d’une volonté d’opérer au cœur d’un écosystème technologique et sécuritaire spécifique.

Alvarez & Marsal Cyber Risk Services LTD
En rouge, le quartier général de l’armée israélienne depuis 1948 et le siège du ministère de la Défense. En jaune, l’Azrieli Center où se trouvent les locaux d’A&M Cyber Risk Services — © Capture d’écran de Google Maps
Alvarez & Marsal Cyber Risk Services LTD
Vue sur le quartier général de l’armée israélienne et le siège du ministère de La Défense, depuis l’Azrieli Center où se trouvent les locaux d’A&M Cyber Risk Services — © Capture d’écran de Google Maps

Le moment n’est pas fortuit, pas plus que le quartier choisi. En 2024, l’Israel National Cyber Directorate (INCD) faisait état d’un triplement des cyberattaques depuis le 7-octobre. Dans le même temps, l’État portait son budget militaire à un niveau record depuis 1967 et soutenait un secteur de la cybersécurité dopé par les levées de fonds : 4 milliards de dollars en 2024, plus du double de 2023.

Alvarez & Marsal Cyber Risk Services LTD
Capture d’écran du site KYC Israël, qui agrège des données issues du registre des sociétés israélien

Ces deux dernières années, Tel-Aviv s’est affirmée comme un centre névralgique de la cybersécurité en période de guerre, concentrant des compétences issues des secteurs militaire et du renseignement technologique, ainsi que des investissements internationaux attirés par la croissance rapide de ce marché.

Dans un tel contexte, s’y implanter physiquement permet au groupe d’accéder à une expertise rare : celle de profils ultra-qualifiés ayant travaillé dans l’appareil de défense israélien. Qu’Alvarez & Marsal Cyber Risk Services LTD cherche ou non à convertir ce savoir-faire militaire en expertise commerciale, éventuellement en lien avec des institutions israéliennes, apparaît en l’espèce secondaire.

Cette implantation intervient alors qu’Israël est accusé de crimes de guerre et de génocide par de nombreux experts en droit international, ainsi que par des organisations de défense des droits humains telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch, et par plusieurs États.

Alvarez & Marsal ne s’est pas contenté d’ouvrir un simple bureau à Tel-Aviv. Le cabinet y déploie son activité Global Cyber Risk Services, spécialisée dans les cyber war rooms, la gestion de crise, les simulations de guerre et la coopération avec les autorités sécuritaires, dans un système étroitement coordonné et placé sous l’autorité de l’État israélien.

Le 27 août 2025 place Isla Délice dans une position délicate. Alors que la marque a multiplié ces dernières années les démentis et les efforts pour juguler les appels au boycott, ce qui relevait jusqu’ici de soupçons ou de rumeurs repose sur des éléments aujourd’hui établis : Isla Délice appartient à un fonds d’investissement partenaire stratégique d’un groupe dont une activité clé s’inscrit dans l’appareil sécuritaire israélien.

Comment vont réagir les clients de la marque, et au-delà les consommateurs musulmans ? Cette nouvelle donne est susceptible d’affecter durablement l’image du leader du halal en France, engagé dans une stratégie de développement à l’international. Elle interroge également l’impact potentiel sur les deux marques halal dont l’acquisition par AMCE devrait être annoncée prochainement, ainsi que sur les partenaires chargés de la certification.

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1 COMMENTAIRE

  1. Salam Aleykoum, Je trouve que les musulmans sont peu impliqués dans le boycott de manière générale. Combien j’en ai vu aller à Carrefour ou acheter des produits à boycotter ! Quant aux snacks halal ou boucheries…je n’en parle même pas !

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