Après Isla Délice, dont la vente a été actée le 16 décembre dernier, A&M Capital Europe étend désormais son emprise sur le marché halal français. D’après les informations recueillies par Al-Kanz, le fonds d’investissement a également pris le contrôle des marques Oumaty et Oummi, confirmant une stratégie de consolidation ciblée sur plusieurs segments du marché du halal.
Finalisée fin janvier 2026, la transaction portant sur Oumaty se limite à la marque, les autres actifs de la société KHTC restant en dehors du périmètre de cession.
Chez Asia Food Co, l’accord a également été circonscrit à certaines marques, dont Oummi et Ital’al, la société conservant par ailleurs ses autres activités.
Une stratégie de consolidation par agrégation de marques
Après des mois de tractations, Oumaty et Oummi changent de propriétaire et passent sous le contrôle d’A&M Capital Europe. Tandis qu’il finalisait le rachat d’Isla Délice, le fonds d’investissement poursuivait en parallèle les discussions avec les sociétés KHTC et Asia Food Co en vue d’acquérir ces deux marques.
Le nouvel actionnaire aurait pu se contenter du rachat d’Isla Délice, l’un des acteurs majeurs du halal en grande distribution. Il a fait un autre choix : engager une stratégie de consolidation, en ciblant des marques aux profils jugés complémentaires afin de s’imposer durablement sur le marché halal français et, plus largement, européen.
Fondée en 2014, Oumaty s’est imposée dans le circuit BtoB en misant sur le refus de la VSM et de l’électronarcose, deux exigences portées par l’organisme de certification et de contrôle Achahada, retenu dès l’origine comme partenaire.
La marque a ainsi bâti sa crédibilité sur un contre-modèle assumé face à Isla Délice, en se positionnant en rupture avec certains choix industriels dominants, notamment le recours à la VSM et à l’électronarcose.
En mettant la main sur Oumaty, A&M Capital Europe corrige l’une des limites structurelles d’Isla Délice : sa faible implantation auprès des professionnels.
Ce rapprochement ne va toutefois pas sans susciter interrogations et réserves.
Sollicitée par Al-Kanz, la direction d’Oumaty assure que le pilotage opérationnel demeure entre les mains de l’équipe fondatrice, couvrant la stratégie produit et marque, les choix industriels, les référentiels religieux et éthiques, ainsi que les relations avec les partenaires de certification. L’actionnaire financier interviendrait uniquement dans un rôle de soutien stratégique et de structuration, sans ingérence dans la gestion quotidienne.
L’acquisition d’Oummi, marque moins exposée médiatiquement, s’inscrit dans une logique similaire. Connue pour ses produits emblématiques comme le m’hajeb et le m’semen, la marque a recentré son développement sur le surgelé, à destination des professionnels de la grande distribution, de la restauration et du cash & carry.

Pour A&M Capital Europe, l’enjeu est de structurer, autour d’Isla Délice, un portefeuille de marques appelé à changer d’échelle et à s’imposer, à moyen terme, comme un acteur européen de premier plan, avec un objectif de chiffre d’affaires de 500 millions d’euros à l’horizon 2030.
Ambitieux, le fonds d’investissement ne compterait pas, selon nos informations, s’arrêter à ces seules acquisitions et se serait également intéressé à Isla Mondial, propriété du groupe algérien Cevital.
Sur le papier, la puissance financière d’A&M Capital Europe, appuyée par Alvarez & Marsal, permettrait d’imposer un net rapport de force à la concurrence.
Dans les faits, cette stratégie se heurte toutefois à plusieurs écueils que le seul capital ne suffit pas à lever, comme l’ont montré les récents appels au boycott d’Isla Délice.
Des écueils structurels
Pour un financier, le projet d’A&M Capital Europe a tout pour séduire. L’ensemble ainsi constitué, au chiffre d’affaires cumulé de quelque 200 millions d’euros, réunit Isla Délice pour la puissance industrielle et l’accès à la grande distribution, Oumaty pour une implantation solide en BtoB, et Oummi pour des relais de croissance sur le surgelé.
Reste que la logique financière et industrielle ne suffit pas, à elle seule, à faire la différence sur le marché du halal.
Celui-ci repose sur un élément central que le capital ne peut ni acheter ni contraindre : la confiance des consommateurs musulmans, indissociable du respect des exigences islamiques.
Le rachat d’une entreprise du halal par un fonds d’investissement n’est pas sans conséquence. Il interroge la compatibilité entre des objectifs financiers portés par l’actionnariat et une conception du halal sincère qui engage l’entreprise dans son ensemble, gouvernance comprise.
En l’espèce, la recomposition opérée par A&M Capital Europe se heurte à plusieurs obstacles majeurs, dont trois immédiats, d’une ampleur sans commune mesure avec les ajustements habituels d’une opération financière :
D’abord, le risque d’une rupture avec une clientèle fidèle : en passant dans le giron d’A&M Capital Europe, Oumaty pourrait susciter la défiance de clients particulièrement attentifs aux effets de la financiarisation du halal.
Interrogée sur ce point, la marque précise que « les principes islamiques qui ont structuré Oumaty depuis sa création ne sont pas négociables. Ils ont été intégrés dès l’origine dans le cadre de l’opération et font partie des éléments constitutifs de l’identité de l’entreprise ».
Or, la marque a bâti sa crédibilité sur la cohérence assumée entre ses choix industriels, un mode de financement sans riba (intérêt), proscrit en islam, et un fonctionnement interne intégrant explicitement la dimension religieuse du halal, au-delà des seuls produits commercialisés.
Ce parti pris explique l’indéniable succès d’Oumaty et l’adhésion exigeante d’une clientèle engagée. Dans ce contexte, même si le fondateur et l’équipe dirigeante demeurent en place, la prise de distance, voire le rejet, par une partie des clients les plus fidèles ne peut être exclue.
Ensuite, l’incompréhension d’une partie des professionnels du halal : pour de nombreux acteurs, le rapprochement entre deux marques historiquement perçues comme antagonistes suscite de fortes interrogations. Oumaty s’est en effet construite, dans l’esprit d’une partie de ses clients comme de ses partenaires, comme un contre-modèle à Isla Délice, tant sur le plan des arbitrages industriels que sur celui du rapport au religieux.
La placer désormais sous une même gouvernance brouille un positionnement qui constituait précisément l’un de ses principaux atouts. En agrégeant des marques aux cahiers des charges, aux référentiels de certification et aux trajectoires difficilement conciliables, A&M Capital Europe prend le risque d’affaiblir Oumaty et d’en éroder le capital de confiance, par nature difficilement transférable lors d’une opération financière.
Enfin, un risque réputationnel externe lié à l’implantation à Tel Aviv d’une filiale d’Alvarez & Marsal dans un contexte de guerre à Gaza : les liens étroits entre le cabinet américain et A&M Capital Europe, au-delà d’un simple partenariat ponctuel, constituent un facteur de fragilisation supplémentaire.
L’implantation d’Alvarez & Marsal Cyber Risk Services LTD, société de droit israélien installée à proximité immédiate du quartier général de l’armée israélienne et du siège du ministère de la Défense, a placé Isla Délice dans une position délicate.
Ni le communiqué de presse diffusé par la marque, ni la vidéo dans laquelle son PDG s’est mis en scène « avant les vacances » pour, selon ses termes, « arrêter la circulation de cette fausse information le plus vite possible » n’ont permis d’enrayer les appels au boycott.
Oumaty indique pour sa part n’entretenir « aucun lien, direct ou indirect, avec des activités menées en Israël » et réfute « toute tentative d’établir un lien » avec la filiale israélienne d’Alvarez & Marsal, laquelle ne « correspond ni à la réalité des faits ni au fonctionnement de l’entreprise ».
Reste que, dans un marché où la confiance repose autant sur les faits que sur les perceptions, l’exposition médiatique et symbolique d’un partenaire stratégique du fonds suffit à produire des effets collatéraux, indépendamment des démentis formels des marques concernées.
De fait, Oumaty et Oummi, désormais intégrées au portefeuille d’A&M Capital Europe, pourraient à leur tour pâtir des effets collatéraux de l’implantation, au cœur de l’écosystème sécuritaire israélien, du partenaire stratégique du fonds, Alvarez & Marsal.
A&M Capital Europe entendait frapper fort. Fragilisé par les choix de son associé américain, le fonds pourrait voir ses ambitions sérieusement contrariées, au point d’hypothéquer sa stratégie et d’altérer durablement l’image des marques tout juste acquises.
In fine, ni les moyens financiers mobilisés ni la taille du portefeuille constitué ne suffiront à garantir le succès de cette opération. Les consommateurs musulmans en sont les ultimes arbitres, dans un marché qui relègue encore trop souvent leurs attentes et leurs exigences au second plan.
À cet égard, les fonds d’investissement seraient bien imprudents de considérer que le halal se prête aux logiques classiques de prédation financière, d’extraction de valeur et de sortie programmée, sans que ces opérations n’entrent en conflit avec une éthique et des valeurs profondément ancrées dans les pratiques de consommation des clientèles concernées.
Contactées, Isla Délice et Asia Food Co n’ont pas souhaité donner suite à nos sollicitations, malgré nos relances.






Assalam aleykoum, comment manger halal et congelé, sans vsm, sans electronarcose et sans sang sur les mains et dans la bouche, s’il vous plait? Les produits surgelés turcs ne sont pas clair et j’attends ce que va faire achahada.
J’en achetais peu et je boycottais déjà isla délice, les produits nitrités et les vsm.
Je vous en remercie et vous souhaite le meilleur ici bas et dans l’au-delà
Quel intérêt de s’allier avec des gens qui ne sont pas concernés par le halal ? Je ne comprends pas ces enseignes musulmanes qui n’ont toujours pas compris que le meilleur moyen de préserver le halal, c’est d’abord de s’assurer que ses dirigeants soient eux même concernés par ces exigeances.
N’y a t’il pas des fonds d’investissement dans le monde musulman capable d’apporter ce genre de capital en soutien ? N’est-il pas plus sage de se contenter d’une industrie plus modeste mais fiable, dont le contrôle n’échappe pas à la communauté concernée ?
Beaucoup de blabla pour essayer de rassurer les consommateurs mais le monde du privé n’est pas une démocratie. Le rapport est vertical. Oummi et Oumaty ne sont plus des enseignes sous contrôle de la communauté musulmane mais sont passé dans le giron de financier occidentaux dont l’intérêt du halal relève strictement de l’aspect financier.
A la moindre contradiction entre argent et principe religieux, c’est l’argent qui sera priorisé. D’une façon ou d’une autre.