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Blockchain, fin des additifs, et responsabilité sociétale : la révolution en marche d’Isla Délice

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Président-directeur général du leader français du halal Isla Délice (107 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021, 50 % de part de marché en France), Eric Fauchon a pris ses fonctions en 2020, deux ans après le rachat de l’entreprise par le fonds d’investissement Perwyn.

Déterminé à en finir avec la qualité médiocre des produits – ultratransformés – de la marque, le successeur de Jean-Daniel Herzog a lancé plusieurs chantiers, sinon révolutionnaires, à tout le moins ambitieux : réduction, voire élimination, des additifs, dont des nitrites dans un premier produit courant 2023, réduction des déchets alimentaires et des emballages, collaboration avec des établissements scolaires situés en zone d’éducation prioritaire (ZEP), « approvisionnement responsable » avec un objectif à l’horizon 2025 de plus 90 % de fournisseurs français, etc.

Isla Délice présente l’ensemble de ces mesures sous la forme d’une plateforme « Isla pour Vous », qui s’inscrit dans une démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), nous apprend le dossier de presse.

Si Eric Fauchon ne compte pas renoncer au recours à l’électronarcose, qu’il associe au bien-être animal – autre engagement d’Isla pour Vous, le PDG a décidé de miser sur une innovation en direction des consommateurs, inédite en France sur le marché du halal : l’intégration de la blockchain. Interview.


Al-Kanz : Interviewé par le magazine LSA, vous avez révélé « lancer un système de blockchain sur le saucisson cuit ». Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?
Eric Fauchon :
Il s’agit de donner la possibilité au consommateur de suivre, à partir d’un numéro de lot, le parcours du produit, depuis l’élevage de la volaille, en passant par les différentes étapes de transformation et jusqu’au produit qu’il tient entre ses mains. C’est une approche très novatrice et encore peu répandue. Sur le marché du halal, Isla Délice est la première marque à proposer un projet blockchain et ainsi à donner de la transparence sur ses pratiques.

Ce qu’est la blockchain ?

La blockchain, « chaîne de blocs » en français, est, selon la définition du géant de l’informatique IBM « un grand livre partagé et inaltérable qui facilite le processus d’enregistrement des transactions et de suivi des actifs dans un réseau commercial. Un actif peut être matériel (une maison, une voiture, de l’argent, un terrain) ou immatériel (propriété intellectuelle, brevets, droits d’auteur, marque) ».

Il s’agit donc d’une technologie permettant tout à la fois de stocker et de transmettre des informations, ce de façon sécurisée, décentralisée et en toute transparence. L’impossibilité de faciliter lesdites informations offre une garantie inédite.

Al-Kanz : Pourquoi seulement sur le saucisson cuit ? Est-ce un simple coup marketing ou le premier pas vers l’application de la blockchain sur l’ensemble de vos produits ?
Eric Fauchon :
La blockchain est un projet très exigeant en termes de collecte et de diffusion de l’information. Nous rôdons cette approche sur la nouvelle référence « saucisson de volaille », mais notre objectif, en cas de succès, est de l’élargir à nos futures innovations charcuterie.

Al-Kanz : Concrètement, côté consommateurs, quand ce dispositif sera disponible et, surtout, comment se présentera-t-il ?
Eric Fauchon :
Les consommateurs auront accès à ce dispositif dès le lancement de la nouvelle référence « saucisson de volaille », soit début mai. Très concrètement, ils auront accès aux informations en scannant le QR code présent sur le pack et en renseignant le numéro de lot du produit. Ainsi, ils sauront à partir de quelle volaille ce produit a été élaboré, dans quelle région elle a été élevée. Ils pourront découvrir les engagements qualité aux différentes étapes de transformation, ainsi que la rigueur de contrôle de notre certification halal.

Al-Kanz : Cette nouveauté peut offrir un début de transparence sur la chaîne de production, notamment sur l’origine de la viande et les conditions d’élevage. S’agissant de l’abattage, depuis l’entrée en vigueur de l’instruction technique en juillet 2021, il n’y a plus de doute quant à la létalité de l’électronarcose. Elle « tue quasi systématiquement » les volailles, selon les mots de votre propre certificateur, la mosquée de Lyon. Isla Délice va-t-elle en finir avec ce procédé ?
Eric Fauchon :
Tout d’abord, il est important de préciser que l’instruction technique DGAL/SDSSA/2020-722 que vous mentionnez est applicable uniquement pour les abattoirs de volaille en France. Cela ne concerne donc pas toutes les volailles que nous achetons puisqu’une partie de nos approvisionnements provient de fournisseurs de l’Union européenne, en dehors de France.

D’autre part, nous assumons pleinement de recourir à l’électronarcose sur les volailles, mais pas dans n’importe quelles conditions. Grâce à la rigueur du contrôle de l’association rituelle de la grande mosquée de Lyon (ARGML), nos fournisseurs pratiquent une électronarcose maîtrisée réversible, qui permet de garantir que les volailles sont bien vivantes au moment de la saignée. Les contrôleurs de l’ARGML, présents systématiquement sur le site d’abattage, sont les garants de cette démarche.
Par ailleurs, l’abattage est systématiquement manuel, et là encore toujours réalisé sous le contrôle visuel d’une personne salariée de l’ARGML.

Lire – Abattage rituel : le CFCM n’accepte l’étourdissement ni avant ni après la saignée

Al-Kanz : Isla Délice est leader de la charcuterie halal en France, mais pas de la qualité, à l’instar de vos concurrents du reste et de l’industrie des produits alimentaires ultratransformés. Excès de sel, des nitrites en veux-tu en-voilà, des additifs à en perdre son latin. A quand a minima une gamme débarrassée de tous ces ingrédients, une gamme healthy, soyons fous, bio ? Vous en avez largement les moyens.
Eric Fauchon :
Oui, il y a une nécessité de monter en qualité de l’offre halal. Isla Délice entend jouer son rôle de leader dans cette transformation de l’offre. Elle prendra la forme de recettes améliorées, notamment débarrassées d’un certain nombre d’additifs. Mais ce travail prend du temps car les produits de charcuterie sont des produits sanitairement sensibles et les nouvelles recettes doivent garantir une parfaite sécurité alimentaire pour les consommateurs. Les équipes de recherche et développement Isla Délice travaillent sur ce chantier depuis fin 2019 et les premières gammes rénovées seront mises sur le marché d’ici à la fin de cette année. Parmi nos objectifs figure notamment le fait de proposer une gamme de jambons sans nitrites.

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2 Commentaires

  1. La blockchain ne résoudra absolument aucun problème de transparence.

    S’il s’agit d’une blockchain privée: En dehors de l’aspect technologique, il n’y a absolument aucune différence avec une base de données classique interne à l’entreprise. Le consommateur n’a aucune garantie sur la véracité des informations qu’il verra apparaitre à l’écran. Il ne peut même pas vérifier que la technologie est bien de type blockchain…
    De mémoire carrefour l’avait fait aussi sur ses oeufs.

    Quand bien même la blockchain serait publique (informations consultables pour tout le monde à partir des transactions sur la blockchain elle-même, et non pas via une « pseudo-interface » pondue par l’entreprise), les questions suivantes se posent:

    – Qui entre la donnée?
    – Sous le contrôle de qui?
    – Comment puis-je controler la donnée entrée dans la blockchain?

    Quand ces questions auront une réponse, tout le monde comprendra vite que la décentralisation et la transparence (qui sont les principales raisons d’être d’une blockchain) ne sont pas au rendez-vous.

    Bref, la blockchain se révèle pertinente pour une nombre très très limité de cas d’utilisation dont ne fait pas partie la traçabilité alimentaire. Plusieurs projets ont déjà tenté l’expérience, on n’en a pas entendu parlé longtemps…

    Ce n’est que du pur marketing (qui arrive avec un très long train de retard), l’utilisation de la blockchain n’apporte pas plus de garantie que le sticker « halal » sur la vitrine d’un restaurant.

    Dans un secteur gangréné par la fraude et l’opacité, drôle de révolution…

    • Merci AbdAllah. Je travaille (malgré moi) dans le secteur de la blockchain et je suis on ne peut plus d’accord ! C’est un buzzword polluant où les DB normales font très bien l’affaire.

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